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  • Photo du rédacteurAnaïs CD

Une seconde chance ? -Partie 1-

Dernière mise à jour : 11 janv. 2021


L’amour et un noble cœur ne font qu’un, et quand l’un ose aller sans l’autre, c’est comme quand l’âme abandonne la raison.

Dante Alighieri


Thibault faisait les cent pas devant l’immeuble de Julie. Elle vivait dans un quartier populaire, très animé la plupart du temps. Des marchands ambulants tenaient leur stand çà et là le long des trottoirs usés par les passants. Chacun des étals, venant illuminer la nuit noire, ajoutaient de la chaleur et de la convivialité aux tristes et mornes soirées d’hivers qui se profilaient. Les gens échangeaient, discutaient de manière animée parfois, des éclats de rire venaient percer l’ambiance urbaine.


Cependant ce soir, l’atmosphère était pesante, le temps s’égrainait à une lenteur accablante. Thibault ne cessait de consulter sa montre, guettant le moment fatidique où Julie rentrerait chez elle. Les minutes lui semblaient être des heures. De plus, l’orage s’était invité pour l’occasion, la pluie battante venant diluer les faibles éclairages des stands alentour. Le trafic était abondant, le bruit des klaxons bourdonnait dans ses oreilles. Les passants se hâtaient de dégainer leur parapluie, de s’abriter sous les échoppes, ou de rentrer chez eux se réchauffer. Or il était là, il errait comme une âme en peine, sous l’averse persistante. Trempé et glacé jusqu’aux os. Il devait lui parler avant qu’il ne soit trop tard.


Le long du trottoir, un vendeur ambulant, observait ce pauvre homme allant et venant depuis près de deux heures. Il le suivait des yeux dans sa longue marche, et quand enfin il arriva au niveau de son stand, il le héla.


- « Bien le bonsoir monsieur ! », clama-t-il par-dessus le bruit environnant.

Thibault, arraché à ses réflexions, s’arrêta, levant la tête en direction du vieil homme qui l’avait interpellé, ne sachant s’il s’adressait réellement à lui.

- “Bonsoir », répondit-il laconiquement, l’air triste.

- « Le temps est déjà assez triste comme ça, pourquoi s’accabler encore plus ? », demanda-t-il avec bienveillance.

- « Je crois que c’est moi qui ai déteint dessus, je n’ai pas le cœur à sourire… », murmura-t-il alors.

Le vieil homme, attentif au moindre mot, rebondit alors sur ses dernières paroles.

- « Le cœur ne sourit pas monsieur, il aime. Il chérie les êtres qu’il affectionne », déclara-t-il par-dessus l’agitation urbaine.


Thibault, l’esprit embrumé, demeura silencieux. Il se contenta d’acquiescer d’un signe de tête.

- L’homme reprit alors : « Lui avez-vous dit que vous l’aimiez au moins ? ».

Thibault en fût décontenancé, ne s’attendant pas à une telle question. Il soutint quelques secondes le regard du vendeur, sans mot dire. Il répondit alors, non sans un certain embarra : « Je n’ai jamais eu l’occasion de le lui dire. »


Ce à quoi l’homme rétorqua, agacé :

-« Les occasions pour dire ce genre de chose sont présentes à chaque seconde que dieu fait. Aussi nombreuses que les battements de votre cœur. Elles n’ont de limite que votre propre existence en ce monde. Avouez plutôt que vous ne savez pas comment exprimer ces sentiments ».


Figé, le jeune homme fixait le vendeur, abasourdi. Il baissa les yeux, le regard arrimé au sol ruisselant sous ses pieds. Il demeura un instant ainsi, méditant les paroles du vieil homme, les ressassant en boucle dans son esprit. Il releva alors la tête en direction de son interlocuteur.


La scène prit une allure surréaliste. Le temps semblait s’être suspendu, tout ce qui l’entourait restait figé dans une immobilité surnaturelle : les passants endigués dans une sorte d’arrêt sur image, l’animation urbaine effrénée comme étouffée, la pluie ne battait plus à ses oreilles.

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