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  • Photo du rédacteurAnaïs CD

Actes manqués - Part 8 -




Une fois la communication coupée, elle demeura immobile dans le noir, délaissant son téléphone sur le sol. Il ne restait plus qu’à attendre. Quelques minutes à attendre et cette spirale infernale prendrait fin. Peut-être. Seulement si elle le voulait. La question subsista dans son esprit, en filigrane : “Dois-je le faire ?”. Ramenant ses genoux vers sa poitrine, elle s’en saisit pour venir y appuyer sa tête. Ainsi recroquevillée, elle ferma les yeux pour ce qui lui avait semblé être une éternité. Et pourtant dix minutes seulement avaient passé. Trois coups secs retentirent contre le bois de la porte. Leur écho resta en suspens quelques fractions de seconde. Décroisant ses bras, elle prit appui sur ses mains au sol et se releva avec peine. Tout son corps semblait plus lourd, ankylosé. Ce dernier semblait vouloir l’entraver et la retenir, là où l’esprit voulait se libérer.


Se retournant, la large porte se dressait alors devant elle. Ouvrant sur de nouvelles résolutions et sur l’avenir. Elle posa alors une main sur la poignée, l’abaissa, puis tira la porte vers elle tout en reculant d’un pas. La lumière diffusée par le lustre dans la cage d’escalier s’insinua jusque dans l’appartement toujours en proie aux ténèbres. Encore un pas en arrière, toujours en retenant la poignée. Comme pour se rassurer, se dire qu’à tout moment elle pouvait claquer la porte au nez du monde et de tous ces tourments. Et pourtant il se tenait là, sur le seuil, dans l’embrasure de la porte. La luminosité, soudain perçante, l’aveugla une seconde. Une auréole claire entourait sa silhouette. Tom fit un pas en avant, s’accoudant à l’encadrement il la toisait à travers le clair-obscur.


Ce fut lui qui brisa le silence en premier : -« Tu peux m’expliquer ? », dit-il sur le ton du reproche. Déjà la discussion prenait des tours désagréables.

- “Que veux-tu que j’explique. Il n’y a tout bonnement rien à expliquer”, répondit-elle avec lassitude. Ce à quoi il insista :

- “Que tu m’expliques pourquoi tu nous as laissé comme ça. Pourquoi tu m’as laissé moi comme un con…”, laissa-t-il en suspens.

- “Parce-que je ne fais pas partie de votre monde. Je ne fais pas partie du tiens non plus…”, rétorqua-t-elle.

- “Et depuis quand ?”, s’enquit-il.

- « Depuis que le temps nous a tué, depuis qu’on s’efface l’un pour l’autre, nos poussières se dispersant dans le vent. Depuis que je ne me reconnais plus en nous, que ce simple mot n’a plus la même résonance. Depuis que je me perds dans ces habitudes qui m’enchaînent chaque jour un peu plus. Depuis que tu as décidé de croire que tout allait bien », conclut-elle.


Ce à quoi il ne répondit pas de suite, mesurant toute l’ampleur de ces paroles et ces maux si soudainement déversés. Elle-même réalisait à peine, qu’un bref instant avait suffi à ce qu’elle libère tant de non-dits enfouis depuis si longtemps. Tous deux se considéraient, chacun des deux plongeant son regard dans celui de l’autre. A nouveau ce fut lui qui rompit le silence, expirant bruyamment, puis ajoutant :

- “D’accord. Dis-moi seulement si j’aurais pu faire quelque chose, ou si je peux encore y remédier”, avança-t-il, entrecoupant chaque mot.


Elle hésita, ferma les yeux, les mâchoires serrées, puis les rouvrant, acquiesça :

- « Je ne crois pas. Ce ne sont pas des choses que l’on peut contrôler, corriger, ou même éclipser. Je ne vais pas essayer de me justifier, ou de me trouver des prétextes absurdes. Je suis de ces gens que la vie a cassé, et qui déambulent sans trop savoir où aller, mais je le suis au même titre que beaucoup d’autres. Seulement je crois que je n’ai pas la même vision du monde que toi. Là où tu es idéaliste, épicurien, et où tu vis au jour le jour, il n’y a pas de place pour les gens comme moi. Je suis de ces pragmatiques, qui regardent la vie avec gravité, délaissant avec regret les rêveries et autres chimères d’un temps perdu. Les belles phrases comme le fameux : « et ils vécurent heureux pour toujours », n’appartiennent plus qu’à des contes déjà trop oubliés. Je ne peux pas juste sourire, jouer la parfaite poupée que l’on expose, et avoir à prétendre que tout va bien. Ne me demande pas ça, je t’en prie », acheva-t-elle entre ses dents.

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